Le XXIème siècle s’ouvre par le triomphe de la barbarie sur le socialisme.
L’attaque étasunienne sur le Venezuela et la capture de Maduro sont un nouveau rappel du contexte dans lequel nous évoluons. Si les guerres impérialistes n’ont jamais disparu, elles ne s’embarrassent désormais que très peu de se justifier par un vernis humanitaire. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la guerre au Soudan, le génocide en Palestine, le Venezuela et l’Amérique latine s’illustrent comme nouvelle étape dans les affrontements de repartage du monde.
Que l’expérience bolivarienne n’ait rien de communiste et qu’elle s’inscrive dans la tradition des régimes bourgeois développementalistes ne change rien à notre soutien inconditionnel au peuple venezuelien. Notre solidarité est avec tous les peuples victimes des puissances impérialistes et de la guerre à travers le monde. En cas d’intensification du conflit armé, c’est bel et bien la défaite américaine qui apparaît comme la plus souhaitable et aucune équivalence ne peut être faite entre les deux belligérants. La nature du régime bolivarien n’est au fond que très secondaire face à l’arbitraire impérialiste et sa volonté de contrôle de ses chaînes d’approvisionnement. Est considérée comme ennemie toute force s’opposant même partiellement à la captation de la rente impérialiste.
L’impuissance du camp révolutionnaire à incarner une force indépendante est une évidence écrasante. Parler même d’un camp révolutionnaire comme d’une force réelle et unie relève d’ailleurs bien plus pour nous d’un souhait à atteindre que d’une réalité immédiate. Il existe certes des forces à travers le monde luttant pour une humanité libérée des guerres et de l’exploitation mais elles sont éparses, encerclées et dans nos métropoles impérialistes : infinitésimales. Vivre avec cette impuissance n’est pas une chose aisée quand les atrocités s’enchaînent ainsi. Alors rapidement on peut se prendre à rêver d’un monde tel qu’on aimerait qu’il soit.
En s’imaginant un camp anti-impérialiste autour des BRICS comme une réminiscence d’une Union Soviétique armant les mouvements de libération nationale. Cela relève pourtant de l’exercice de foi bien plus que de la proposition politique. Cette approche “réaliste” part de l’impuissance du mouvement communiste pour se raccrocher à une impasse. Il n’y a qu’à regarder les réactions de cette fameuse alliance anti-impérialiste face à la situation actuelle pour voir l’unité réelle de ce soi-disant camp contre-hégémonique. La Chine, la Russie ne sont que des impérialismes “challengers” et nous ne jetterons pas notre indépendance de classe aux orties dans la défense de ces régimes autocratiques bourgeois. Être communiste dans un centre impérialiste c’est lutter en priorité contre son propre impérialisme, pas s’illusionner sur celui des autres.
Depuis la France le constat de l’impuissance est le même. Alors de la même manière, parmi les forces luttant pour le progrès social les partisans du “moindre mal” se recroquevillent sur la moindre “victoire” possible. Que cela soit par l’engagement syndical ou l’électoralisme : “Si l’on ne peut stopper la sauvagerie capitaliste à travers le monde, assurons nous au moins un meilleur salaire et un gouvernement un peu plus humain”. Nous ne regardons avec aucun mépris celles et ceux qui adhérent à ces considérations. Lutter pour changer ces conditions d’existence, à une échelle aussi microscopique soit-elle constitue le premier pas de la lutte contre la fatalité. Mais combattons celles et ceux qui entretiennent l’illusion que ces combats seraient notre seul horizon possible. Les conditions d’existence des travailleuses et des travailleurs en France et la situation mondiale ne sont pas deux considérations séparées. La situation économique de la France est dépendante de son caractère de puissance impérialiste. Le niveau de vie et la consommation du prolétariat français est directement corrélé non seulement à son propre taux d’exploitation mais à l’exploitation de millions de travailleurs à travers le monde. Le militarisme, les guerres de rapines et l’imposition de régimes autocratiques ne sont pas des accidents du processus d’accumulation de richesse mais en constituent des rouages essentiels.
En ce sens, la lutte pour des revendications partielles, n’est pas seulement illusoire car impossible à satisfaire pleinement face à la voracité capitaliste et la puissance répressive de l’État. Elle est illusoire car elle ne touche que la surface du processus d’exploitation mondialisé qui conduit les peuples au massacre. L’engagement et la lutte révolutionnaire, n’est pas uniquement la seule voie qui s’offre à nous car elle est la plus moralement juste, elle est également la seule pouvant modifier réellement l’état actuel des choses.
La faiblesse historique du camp révolutionnaire nous oblige également à ne pas nous contenter de pointer les impasses que sont le réformisme ou le syndicalisme. En effet, c’est sur les cendres des échecs du socialisme réel du XXème siècle que s’ouvre ce nouveau cycle de redécoupage du monde entre grandes puissances. Alors l’histoire nous oblige à l’humilité et l’autocritique. La lutte pour la reconstruction d’un Parti Communiste en France et d’un Mouvement Communiste International passe par l’analyse cru de notre échec collectif. Trop souvent les communistes se réfugient dans de glorieuses figures passées, dans le folklore et les symboles pour ne pas ouvrir les yeux sur l’héritage ténu de celles et ceux qui sont partis à l’assaut du ciel sans jamais l’atteindre. Pourtant par leur expérience, ces femmes et ces hommes nous auront donné une leçon primordiale parmi tant d’autres : il n’existe pas de fatalité.
La passivité et l’apathie sont nos ennemies principales dans la période. S’il est de la responsabilité des organisations communistes d’incarner une alternative à la résignation, il est également la responsabilité de toute personne frappée par l’horreur du monde de lutter pour le changer. Nous savons l’immensité du chemin à parcourir, nous ne le cachons pas et nous ne considérons pas que dans le contexte actuel, même avec toute la volonté du monde, les groupuscules que comptent le mouvement communiste en France peuvent influer sur le cours des événements. Mais si nous voulons que cela change, il est nécessaire de s’engager, de progresser collectivement, de faire le bilan de nos défaites comme de nos succès. C’est ce que nous cherchons à faire avec Reconstruction Communiste, et nous savons que nous ne sommes pas seuls dans cette voie, que cela soit en France ou ailleurs. C’est en ce sens que nous avons réalisé une campagne antimilitariste en commun avec Unité Communiste. Mais au-delà de l’unité du mouvement communiste, nous aspirons à organiser une force regroupant celles et ceux qui refusent la fatalité et la barbarie.