Lors du mouvement du 10 septembre, nous avons vu fleurir dans le microcosme de la gauche extra parlementaire la citation de Lénine: “Une situation prérévolutionnaire éclate lorsque ceux d’en haut ne peuvent plus, ceux d’en bas ne veulent plus, et ceux du milieu basculent avec ceux d’en bas”. Quelques mois plus tard, personne ne contestera que calquer une telle citation sur le mouvement et le contexte était erroné ; pourtant même en amont de cette date, il nous semble qu’aucun élément du contexte français ne pouvait mériter la qualification de “prérévolutionnaire”. Alors pourquoi, à l’instar du mouvement contre la réforme des retraites de 2023, différentes organisations communistes y ont vu un mouvement au potentiel “révolutionnaire” ?
Nous ne pensons pas qu’il s’agisse nécessairement d’esbrouffe ou d’opportunisme mais que cela illustre plutôt un désaccord plus profond faisant partie des lignes de démarcation au sein du mouvement communiste. Il s’agit de la manière dont sont analysées les conditions objectives du prolétariat français et les potentialités révolutionnaires en résultant.
Lorsque nous parlons des conditions objectives du prolétariat français, nous parlons de sa réalité matérielle. Cette réalité est conditionnée majoritairement par l’état du capitalisme en France, c’est-à-dire du développement des forces productives, des rapports de production ainsi que des conditions de production : il est question de la base matérielle de la société et donc du prolétariat en tant que classe.
Nous parlerons ici uniquement du prolétariat parce qu’il s’agit de la classe que le mouvement communiste cherche majoritairement à organiser pour la révolution. Toutefois nous verrons plus tard que le potentiel révolutionnaire ou non du prolétariat n’est pas l’unique facteur pouvant causer une crise révolutionnaire.
Mais cette réalité matérielle est également le fruit de phénomènes d’ordre idéologique : en effet des structures idéologiques, comme la forme familiale par exemple, vont avoir un fort impact sur la réalité matérielle d’un ou d’une prolétaire. Pour autant, dans la conception marxiste les formes idéologiques d’une société, et donc des classes qui la composent, sont directement influencées par les conditions du mode de production de ladite société, et ces formes idéologiques forment une superstructure découlant de la base matérielle de la société. Dans les relations entre base et superstructure, c’est bel et bien à partir de la base que s’élève la superstructure, bien qu’elle ait elle-même en retour une influence sur la base.
En relation avec la réalité matérielle du prolétariat, sont donc souvent invoquées les conditions subjectives qui se réfèrent à l’état de sa conscience d’être une classe et aux formes de ses émanations (syndicats, associations, organisations).
Cette différenciation et les relations entre conditions objectives et subjectives sont clairement illustrées par Lénine lorsqu’il qualifie les situations révolutionnaires dans le passage d’où est tirée notre citation d’ouverture. Il définit une situation révolutionnaire comme produite par une crise indépendante du mouvement révolutionnaire, mais ne pouvant devenir une révolution qu’à condition que l’action consciente collective transforme la situation ouverte en processus révolutionnaire. On remarquera qu’il ajoute au potentiel révolutionnaire du prolétariat et des classes travailleuses en général qui “n’en veulent plus”, le fait qu’il soit nécessaire que la classe dirigeante “ne puissent plus” : il s’agit donc d’une situation historique particulièrement spécifique, nécessitant la conjonction de plusieurs facteurs secouant la base et la superstructure de la société, affectant ainsi non seulement le prolétariat mais également la bourgeoisie. Il nous apparaît d’ailleurs significatif que les grandes révolutions du XXe siècle aient eu lieu au lendemain ou pendant de grands conflits inter impérialistes, créant ainsi un contexte de crise particulièrement aiguë.
Les concepts que nous décrivons dans cette courte introduction sont consensuels au sein du mouvement communiste. Pour autant, la manière dont ils sont articulés et mobilisés dans l’étude de situations concrètes est l’objet de désaccords profonds, la crise du mouvement communiste en France étant un des sujets dans lesquels se cristallisent de tels désaccords. Ainsi, notre organisation, Reconstruction Communiste, a eu par le passé une interprétation qu’on pourrait qualifier de principalement “subjectiviste” de la crise du mouvement communiste en France. Cette interprétation, qui est de loin la plus répandue, analyse cette crise comme étant due principalement à des facteurs idéologiques internes au mouvement, comme le “stalinisme”, le révisionnisme ou le post-modernisme, plaçant ainsi les raisons de la faiblesse du mouvement communiste majoritairement dans le cadre idéologique et politique. À l’inverse, la thèse que nous présenterons ici est en grande partie proche de celle de l’organisation Unité Communiste avec laquelle nous développons un travail en commun.
Ce questionnement sur les raisons de la crise du mouvement communiste est d’autant plus nécessaire qu’il nous amène à se confronter aux questions que tout militant ou militante communiste doit se poser : dans quel contexte nous évoluons, et quelle pratique adopter dans celui-ci.
Existence et Conscience
Une telle domination des interprétations subjectivistes de la part d’organisations marxistes peut surprendre étant donné l’importance qu’ont les conditions matérielles d’existence dans le développement des idées dans la tradition marxiste orthodoxe. En effet comme nous l’avons décrit précédemment, dans l’interprétation marxiste l’idéologie ne peut être comprise que comme le produit de circonstances spécifiques, ces circonstances étant les conditions matérielles d’une société donnée. Il est vrai cependant que les idées ne sont pas nécessairement un reflet immédiat des conditions de la société : les idées prennent un grand nombre de formes parfois éloignées de leur condition matérielle d’émergence, possèdent ainsi une forme d’autonomie relative. Les idées entrent également en relation avec les conditions les ayant vu émerger et peuvent les modifier à leur tour. Par exemple, des idées issues de modes de production antérieurs au capitalisme peuvent perdurer de nos jours et trouver de nouveaux moyens d’autojustification dans le cadre de la société capitaliste – nous pouvons notamment penser à certaines formes de croyances religieuses.
Le marxisme, dans le rapport entre l’existence des humains et les idées qu’ils développent à partir de celle-ci, se positionne ainsi comme une rupture autant avec le déterminisme absolu (en l’occurrence économique), qu’avec l’idée que les êtres humains piochent leurs idées au gré de leurs envies propres. Les conditions objectives sont transformées par l’activité consciente des humains. Mais ce sont bien elles qui déterminent en dernière instance la base de la société. Engels dans une lettre à J. Bloch résume ainsi la vision marxiste de l’Histoire :
“D’après la conception matérialiste de l’histoire, le facteur déterminant dans l’histoire est, en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx, ni moi n’avons jamais affirmé davantage. Si, ensuite, quelqu’un torture cette proposition pour lui faire dire que le facteur économique est le seul déterminant, il la transforme en une phrase vide, abstraite, absurde. La situation économique est la base, mais les divers éléments de la superstructure – les formes politiques de la lutte de classes et ses résultats, – les Constitutions établies une fois la bataille gagnée par la classe victorieuse, etc., – les formes juridiques, et même les reflets de toutes ces luttes réelles dans le cerveau des participants, théories politiques, juridiques, philosophiques, conceptions religieuses et leur développement ultérieur en systèmes dogmatiques, exercent également leur action sur le cours des luttes historiques et, dans beaucoup de cas, en déterminent de façon prépondérante la forme. Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards (c’est-à-dire de choses et d’événements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile à démontrer que nous pouvons la considérer comme inexistante et la négliger). Sinon, l’application de la théorie à n’importe quelle période historique serait, ma foi, plus facile que la résolution d’une simple équation du premier degré.”1
Si nous ne pouvons nous contenter d’aucun réductionnisme, il nous paraît donc vain de se suffire d’analyser les rapports de force idéologique sans se pencher sur leur base matérielle.
Illustrations
En expliquant le faible développement de la lutte des classes en France par des facteurs purement idéologiques, on produit une analyse partielle de la situation, et on ne peut expliquer les dynamiques permettant la domination de certaines idées. Ces facteurs ont bien sûr une importance de premier plan, et ne doivent pas être écartés, mais notre analyse doit prendre en compte que ces formes idéologiques sont elles-mêmes produites par la base de la production et de la reproduction de la vie sociale en France. Pour prendre un exemple un peu caricatural, il semble plus simple de développer ou d’adhérer à l’idée que la richesse est issue du mérite individuel et non de l’exploitation quand on est soit même un capitaliste. Le lien entre base matérielle et idéologie ne peut être résumé qu’à un pur reflet, tous les bourgeois n’adhérant pas nécessairement à l’idée de méritocratie, si l’on reprend notre exemple. Mais l’émergence d’une idée et sa réception dans les masses sont déterminées par les conditions de la société, la vie des masses, leur place dans la production, leur genre, leur nationalité, etc.
Ainsi, si la chute de l’URSS, la restauration du capitalisme en Chine ou encore le révisionnisme du PCF sont des éléments explicatifs probables du faible niveau de la conscience de classe en France, les considérer comme les explications principales voire uniques de ce phénomène est une erreur analytique. Si les expressions de la lutte des classes en France sont moins fréquentes depuis les années 702, c’est bel et bien parce que les conditions de vie et de travail du prolétariat ont évolué : il s’est enrichi, son niveau de vie s’est amélioré sensiblement, et même un ou une ouvrière pouvait considérer à raison que le niveau de vie de ses enfants seraient supérieurs au sien. L’effondrement du taux de syndicalisation et du nombre de journées de grève depuis la moitié des années 70 n’est pas le simple fruit d’un coup de baguette magique des “révisionnistes” ou des “staliniens” à moins de verser dans l’idéalisme le plus brut.
Si la France était déjà une puissance impérialiste dominante avant ces années-là, lui procurant toute une série d’avantages, la structure économique de l’impérialisme était cependant différente. Les concentrations de travailleurs étaient essentiellement dans la Métropole, tandis que les colonies fournissaient des débouchés à la production nationale et servaient à se procurer certaines matières premières.
À partir de la seconde moitié des années 80, les attaques néolibérales sur les acquis sociaux du prolétariat, bien que significatives, ont en grande partie été compensées par un nouvel arbitrage international du travail (délocalisations de la production industrielle, afflux de biens de consommation issues de pays à bas salaires) et par la nouvelle composition de classe de la métropole en tant que puissance impérialiste dominante (développement de l’encadrement salarié, hausse du niveau de vie du prolétariat). De plus, la financiarisation et le crédit ont permis à de larges couches du prolétariat d’accéder à la propriété immobilière et à la consommation de biens autrefois inaccessibles.
Aujourd’hui, et malgré les développements récents, le prolétariat français comme ceux de l’ensemble des centres impérialistes possède toujours un certain niveau de vie et des filets sociaux, certes affaiblis, mais toujours bien présents.
Bien sûr, cet état de fait est instable et nous vivons peut-être les dernières années de cette séquence dans les centres impérialistes. Toutefois, ce sont les caractéristiques de cette période qui constituent pour nous les éléments explicatifs de l’état de notre classe bien plus pertinemment que la potentielle inertie du stalinisme ou révisionnisme kroutchevien. En effet, ces évolutions économiques, la baisse de l’intensité de la lutte des classes et la crise du mouvement communiste, constituent un schéma se produisant non seulement en France mais dans l’ensemble des pays impérialistes, malgré leurs trajectoires historiques différentes.
L’état des luttes immédiates du prolétariat en France est à l’image du contexte décrit précédemment : les conflits sont majoritairement faibles et éparpillés. Même les mouvements nationaux d’ampleur, qui sont souvent invoqués pour défendre la thèse d’un potentiel révolutionnaire en France, ne sont pas à la hauteur de ce que certains voudraient y voir. Les mouvements nationaux sont systématiquement défaits sans remous, et leur niveau d’organisation est particulièrement bas. Tandis que le contexte politique français est celui d’une offensive généralisée de la bourgeoisie pour rendre le travail français plus compétitif et plus productif, le nombre de jours de grèves annuel reste stable à son minimum historique. Si le nombre de jours de grève annuel n’est pas le seul indicateur de l’intensité de la lutte des classes, il est raisonnable de faire de la faible utilisation d’un des premiers instruments des travailleurs pour la défense de leurs intérêts, un indice significatif de cette faiblesse. D’autant plus que nous n’assistons pas au développement de moyens de lutte alternatif à la grève à une échelle massive.
L’état du mouvement communiste est quant à lui organiquement lié mais distinct de l’évolution de l’état de la lutte des classes dans un pays donné. Il existe des pays avec de fortes luttes de classes sans mouvement communiste, mais il ne peut y avoir de mouvement communiste hégémonique (qui ne soit pas simplement social-démocrate) sans luttes de classes intenses. Le fait que les partis communistes anti-révisionnistes avec la plus grande influence dans les masses soient situés aux Philippines ou en Inde n’est pas le fruit du hasard de l’Histoire, mais bel et bien la combinaison de conditions objectives et subjectives, les conditions objectives étant déterminantes en dernière instance. Dans chacun de ces pays, les conditions d’existence du prolétariat permettent une influence bien plus grande des organisations communistes, mais c’est indéniablement par leurs actions conscientes que les partis de ces pays ont conquis leur audience dans les masses et peuvent orienter leur action selon différentes trajectoires. En France, ce n’est selon nous ni le hasard ni l’unique résultat d’orientations politiques erronées qui aboutissent à ceux que les groupes communistes peinent à sortir du stade groupusculaire, et la composition sociale de ces différents groupes n’est pas non plus le fruit du hasard. Même les organisations à la ligne la plus économiste et ouvriériste peinent à avoir une sociologie autre qu’issue des couches moyennes du prolétariat, d’étudiants et d’intellectuels à faibles revenus. Ce n’est pas tant dû au fait que la ligne de l’ensemble des organisations communistes serait erronée, qu’au fait qu’il y a la nécessité de certaines conditions pour que le discours communiste pénètre en masse le prolétariat plutôt que de petits groupes, et en réalité surtout quelques individus isolés.
Conclusions politiques
Si on analyse le fait que le prolétariat français ne possède pas de potentiel révolutionnaire dans l’immédiat, n’est-ce pas nous condamner à l’impuissance politique et à nous cloisonner dans le confortable mais inoffensif rôle de l’intellectuel dans sa tour d’ivoire ? Nous arrivons là à ce qui est peut-être une des raisons centrales de la prépondérance de l’analyse “subjective” dans le mouvement communiste français : la peur de “ne pas y arriver” et l’optimisme que par la volonté pure nous pourrions faire fi de toutes les difficultés. Ces peurs sont souvent accompagnées d’accusations d’”attentisme” ou de “défaitisme” envers toutes les analyses qui feraient de de la hausse de son niveau de vie une des raisons de la faiblesse du prolétariat en tant que classe.
En faisant l’analyse de l’état réel de notre classe, et donc de ses potentialités immédiates, nous déterminons une ligne politique concrète, et en tant que groupuscule, nous faisons de la politique à échelle humaine. Ainsi, en considérant que le prolétariat français n’a pas de potentiel révolutionnaire dans l’immédiat, nous faisons l’analyse que notre tâche dans la période est d’abord l’autoconstruction du mouvement communiste, avant d’envisager de gagner une quelconque direction parmi les masses. Cela ne veut pas dire que nous ne pratiquons pas de travail de masse, bien au contraire, mais que nous le faisons sans la moindre illusion sur ses effets au-delà du cercle de sympathisants que nous constituons à travers notre activité.
En cherchant les conditions révolutionnaires et des potentialités là où il n’y en a pas, le mouvement communiste prend le risque de s’enfermer dans toutes sortes de déviations économistes, en voyant un l’indice d’une révolution à venir dans le moindre mouvement de travailleurs et en s’y diluant dans la pratique et les mots d’ordre. Il prend également le risque, comme cela pu être le cas dans les années 70-80, d’une déviation militariste, en pensant qu’avec une action suffisamment combative les masses pourront suivre l’organisation communiste militarisée. Enfin, surestimer les potentialités de la période en France entretient l’esprit du “faire pour faire” et du mouvementisme, en pensant qu’il suffit simplement de multiplier les actions et les interventions pour faire advenir une situation nouvelle. Nous comprenons parfaitement ce sentiment d’urgence, puisque même dans nos réalités occidentales édulcorées le Capital et les oppressions nous tordent le ventre et nous donnent mille raisons de nous révolter, mais nous n’avons pas la même indulgence envers les organisations qu’envers les individus. C’est au nom du même sentiment d’urgence que de nombreuses organisations se vautrent dans l’opportunisme et le réformisme, le ralliement autour du NFP par plusieurs organisations se proclamant “révolutionnaires” en étant une illustration récente. Cette idée d’une “imminence révolutionnaire”, dans laquelle on voit derrière chaque mouvement un potentiel qu’il n’a pas, est aussi une des raisons pour laquelle de nombreux militants et militantes se voient traités comme de la chair à canon et doivent multiplier les actions, au dépend de leur formation comme cadres communistes, qui nécessite du temps, de la critique et de la réflexion sur sa propre pratique.
Si nous pensons défendre une forme d’orthodoxie en réaffirmant que ce sont les conditions matérielles d’existence qui déterminent en dernière instance la conscience des masses, nous devons également affirmer que l’interprétation du monde n’a d’intérêt pour nous en tant qu’organisation politique que dans la perspective de sa transformation. En cela, nous ne souscrivons pas à l’attentisme, et nous pensons que la tâche de construction d’une organisation communiste dans la perspective de la renaissance d’un Parti Communiste en France doit être menée, bien que la France soit un centre impérialiste sans conditions à potentiel révolutionnaire, ni actuellement, ni dans un futur immédiat. Nous récolterons plus tard ce qui a été semé aujourd’hui : le travail de construction doit donc commencer le plus tôt possible pour engranger des compétences organisationnelles, de l’expérience, du nombre, des savoir-faire, etc.
Ce travail de construction passe nécessairement par le travail de masse et la participation aux luttes réformistes du prolétariat, qu’elles soient économiques ou politiques, mais il ne s’y résume pas. L’activité principale que nous souhaitons développer est une activité communiste, d’organisation, de formation et de propagande. Nous envisageons les organisations de masse dans lesquelles nous intervenons et que nous construisons à travers ce prisme-là.
Pour nous, le capitalisme n’est pas une forteresse imprenable, et les conditions objectives que nous connaissons ne sont pas éternelles. Nous connaissons dans les centres impérialistes une évolution progressive mais continue des conditions d’existence du prolétariat, avec une accélération de cette évolution depuis la crise de 2008. De nombreux prolétaires connaissent non plus une baisse relative de leur niveau de vie (c’est-à-dire que leur niveau de vie augmente moins relativement à la productivité ou aux richesses accumulées) mais absolue, c’est-à-dire que leurs revenus baissent directement. Il ne s’agit pas de voir immédiatement cela comme la fin du caractère impérialiste de la France, ou même de l’aristocratisation, mais comme l’ouverture de nouvelles potentialités de luttes des classes. L’intensification des tensions inter-impérialistes inaugure aussi les prémisses d’une nouvelle phase et de nouvelles potentialités.
Si c’est avant tout dans le nationalisme et le nihilisme que les masses se réfugient pour l’instant, cela non plus n’est pas une fatalité.
Nous ne décidons pas de l’état de notre classe, nous ne décidons pas des formes que prennent la lutte des classes, nous ne décidons pas de l’heure de la Révolution. L’étude de notre passé nous apprend que c’est au prix d’immenses déflagrations, de crises et de guerres mondiales et coloniales qu’une classe opprimée peut ouvrir la voie pour partir à l’assaut de l’Histoire. Malgré toute notre volonté et notre optimisme, nous ne pouvons changer cela. Néanmoins, sans un travail de fond minutieux et sans doute fastidieux, les crises et les guerres de demain ne seront qu’une nouvelle opportunité pour faire resurgir toute la violence du Capital, dans une forme qui n’aura cette fois-ci rien de la parenthèse édulcorée des métropoles impérialistes. Le travail de reconstruction du mouvement communiste se place dans le temps long, et le comprendre est le premier pas du chemin.